Daisy, porteuse de lien social auprès des services de secours

Cités Coop : Bonjour Daisy , Parle-nous de toi ( ton parcours, tes passions, etc) ?

Daisy : Durant une dizaine d’années j’ai travaillé à préparer la population et les organisations publiques aux risques de catastrophes. Après l’échec de toutes les politiques de sensibilisation de la population, il m’a sauté aux yeux qu’on ne peut pas traiter séparément le quotidien et les situations de catastrophes, et que les habitants qui se connaissent ou n’ont pas peur d’aller vers les autres sont ceux qui auront un comportement solidaire en cas de catastrophe. C’est pourquoi j’ai décidé de me consacrer au développement du lien social, à la convivialité, à toutes les manières de se (re)connecter aux autres.

Aujourd’hui je suis fière d’avoir investi dans Le Social Bar de Paris, qui prône la convivialité pour casser les distances sociales entre les gens. Et dès qu’il fait beau, j’aime aller danser la kizomba en plein air et ainsi me connecter avec de parfait.e.s inconnu.e.s 😊.

 Cités Coop : Quelles est ta philosophie, tes valeurs ?

Daisy : Je crois que « l’autre », la personne face à nous, notre voisin.e de palier, de rue, de bus, de bar, est notre plus grande ressource. En France, quand on dit « social », on pense toujours à des « personnes vulnérables », voire des « cassos » (abbréviation de cas sociaux).

Moi dans « social », je vois le lien social, le lien à « l’autre », une ressource « gratuite », à forte proximité, et que l’on trouve à foison !

Il en découle naturellement que je crois aussi au pouvoir des communautés et des collaborations.

Enfin, je vois la société actuelle comme un système qui génère ses propres détresses, puis qui crée des activités, souvent associatives qui reposent sur les subventions et les dons, pour réparer ces détresses déjà installées.

Alors je me dis qu’on pourrait tout simplement œuvrer ensemble beaucoup plus en amont pour éviter que ces détresses n’existent. Il est plus facile de favoriser les conditions d’émergence du lien social dans nos comportements depuis tout petits, que de lutter contre l’isolement quand on a 80 ans et qu’on est déjà seul.e.

 Cités Coop : Parle-nous de ton projet que tu développes ?

Daisy : Les pompiers réalisent de plus en plus d’« interventions à caractère social », qui ne relèvent pas de leurs missions. Souvent, l’intervention d’un.e voisin.e aurait pu suffire. Il y a tellement de gens seuls ou qui se sentent seuls, que cela arrive de plus en plus. Cela empêche les pompiers de réaliser correctement leurs missions., et cela met en péril le dispositif de secours existant qui permet à n’importe qui d’obtenir rapidement des secours et ce gratuitement.

Pour soulager les pompiers et réduire l’isolement et la solitude de la population, je propose d’accompagner les services de pompiers qui souhaitent s’engager en faveur du lien social sur leur territoire. Je leur propose une méthode clé-en-main qui repose sur un partenariat avec les services sociaux, des sensibilisations de la population, et la valorisation d’acteurs engagés qui créent du lien, comme Le Social Bar, Entourage, ou Allo Louis.

Cités Coop : Qu'est ce qui t’as motivé à créer ton activité ?

Daisy : Aider les pompiers à réduire les détresses sociales pour qu’ils puissent se concentrer sur les urgences secouristes.

Cités Coop : Peux-tu développer ?

Daisy : Le problème que je tente de résoudre, la crise du secours qui frappe les pompiers en France, est adressé avec des réponses qui ne me semblent pas satisfaisantes. Aucune réponse ne prenait en compte l’aspect social de ces interventions, et la majorité des réponses consistaient à dissuader les gens d’appeler ou à tenter de les orienter vers d’autres services. Mais cela ne changeait rien au flux de demandes qui ne cessaient de grossir. Enfin, je craignais que les réponses actuelles n'augmentent les inégalités sociales et incitent des personnes en situation précaire à ne pas appeler les secours alors qu'elles en auraient besoin. La solution, développer le lien social, m'était évidente. je me devais de la proposer.

Si dans un premier temps l'idée de lancer une activité a pu me faire peur, lorsque j'ai compris que nous sommes des milliers d'entrepreneurs sociaux prêts à nous serrer les coudes et que je ne serai jamais seule, je n'ai plus hésité.

 Cités Coop : Quel est le modèle qui t’inspire chaque jour dans le développement de ton activité ?

Daisy : Mes modèles ne sont pas des individus, mais des collectifs d’individus !

J’ai un attachement particulier pour la communauté de makesense. Après 10 ans d’existence, cette communauté de gens engagés a permis à 200 000 citoyen·nes de s’engager pour une cause qui leur tient à cœur, à 10 000 salarié.es d’entreprises et d’organisations de s’engager dans la transition sociétale, et accompagné 8000 projets d’entrepreneure.s qui font bouger la société dans 7 pays .

Cités Coop : A quoi ressemblera ton activité dans 5 ans ?

Daisy : J’espère avoir réussi à engager une vingtaine de services de pompiers dans cette démarche de prévention sociale et à les connecter à des centaines de partenaires créateurs de lien dans toute la France. Mais avant toute chose, j’espère avoir réussi à faire réfléchir des institutions et collectivités sur la place essentielle des liens sociaux dans notre modèle de société et à les inciter à s’engager dans cette voie.

Cités Coop : Si tu es amené à rencontrer une personne qui souhaite créer son activité, qu’est ce que tu lui dirais ?

Daisy : Arrête de perdre du temps à réfléchir et fonce 😊

Les seules qualités dont tu as vraiment besoin, c’est d’être persévérant et de t’entourer des bonnes personnes. Il existe de nombreuses communautés d’entrepreneur.e.s prêt.e.s à t’aider, n’hésites pas à les rejoindre !

Cités Coop : "Entreprendre c'est ....." ?

Daisy : Entreprendre, c’est savoir ce qui est « bien » ou « évident » et tout mettre en œuvre pour obtenir l’impact recherché. Et dans ma vie de tous les jours, entreprendre m'a permis de me sentir plus adulte et plus responsable, car contrairement au salariat, les choses ne sont pas pré-mâchées ou pré-décidées pour moi, comme mon temps de travail. C'est à moi de gérer et d'organiser. Finalement, on réapprend à vivre.

Cités Coop : Pourquoi as-tu rejoint Cités Coop ? Qu'est ce que cela t'apporte ?

Daisy : Les coopératives sont pour moi un modèle d’avenir ! Je pense au livre « L’économie symbiotique » d’Isabelle Delannoy qui en parle bien mieux que je ne pourrai le faire.

Le fait de pouvoir intégrer un collectif pour se lancer officiellement dans l’entrepreneuriat est ce qui m’a poussé à franchir le pas. Mes derniers freins, la solitude face au choix de la structure juridique et la comptabilité associée, se sont levés. Ainsi je suis passée de la crainte à la confiance. Sans compter que Cités coop est née du monde de l’urgence sociale, ce qui faisait écho à mon projet.

 Cités Coop : Comment faire appel à toi ? Par quel biais ? 

Daisy :

Mon adresse mail : daisy@initiative-vie.org

Mon linkedIn : https://www.linkedin.com/in/daisyaque/




Johanna ROVELA